Quatre jours, 32 108 professionnels venus de près de 150 pays, plus de 950 exposants, 1 500 marques et 80 000 m² de surface d’exposition. Avec 53 % de visiteurs internationaux, SILMO Paris 2026 a une nouvelle fois confirmé sa position comme l’un des principaux lieux de rencontre internationaux du secteur de l’optique et de l’eyewear.
Belgoptic s’est également rendu à Paris. Pas seulement pour découvrir de nouvelles collections et de nouveaux produits, mais surtout pour observer ce qui bouge dans notre secteur. Quelles tendances se poursuivent ? Quelles nouveautés méritent notre attention ? Et qu’est-ce qui pourrait demain trouver sa place dans les magasins d’optique ?
Des techniques artisanales permettant de fabriquer soi-même une monture à l’impression 3D, en passant par l’intelligence artificielle et les lunettes connectées : parfois, deux mondes totalement différents semblaient se côtoyer. Mais c’était peut-être justement l’un des constats les plus marquants de ce SILMO.
L’innovation technologique et le savoir-faire traditionnel ne doivent pas nécessairement être opposés. Ils semblent au contraire se renforcer de plus en plus souvent.
Et parmi les milliers de montures, nouveaux matériaux, lentilles de contact, machines et solutions technologiques, une chose était surtout claire : notre secteur ne reste absolument pas immobile.
Des chiffres qui montrent immédiatement pourquoi SILMO reste un baromètre international important pour notre secteur.
Qui a suivi les collections des dernières saisons pouvait difficilement passer à côté de la couleur. À SILMO 2026 également, la couleur est restée très présente, mais son caractère fluorescent extrême semblait quelque peu perdre du terrain.
La couleur est utilisée de manière plus raffinée : transparence, dégradés de couleurs, superpositions et combinaisons surprenantes de matériaux et de couleurs. Les formes affirmées et les volumes plus importants n’ont certainement pas disparu non plus.
Les lunettes peuvent donc toujours se faire remarquer, mais ne doivent plus nécessairement crier pour attirer l’attention.
L’individualité reste un fil rouge évident. Une monture est plus qu’un outil optique : elle devient de plus en plus un moyen d’exprimer sa personnalité.
Qui travaille depuis suffisamment longtemps dans le secteur de l’optique sait que les tendances finissent tôt ou tard par revenir. Et oui : les années 90 se font à nouveau entendre.
Des montures plus grandes et parfois d’apparence un peu plus lourde, des formes ovales, des contours en acétate plus épais, des surfaces brillantes et une touche de glamour rétro sont apparus régulièrement.
Heureusement, il ne s’agit pas d’une copie littérale d’il y a trente ans. De nouveaux matériaux, des couleurs plus raffinées et des techniques de production contemporaines donnent aux formes une allure actuelle.
Du rétro, donc, mais avec une interprétation moderne.
L’un des constats les plus charmants de ce SILMO était peut-être celui-ci : à plusieurs endroits, on pouvait non seulement regarder des lunettes, mais aussi découvrir comment les fabriquer soi-même.
Tant dans l’environnement des start-up qu’ailleurs dans les halls, des concepts étaient présents dans lesquels la conception et la production redevenaient très concrètes.
D’un côté, nous avons vu la fabrication artisanale de lunettes. Partir d’un matériau et d’un design, puis scier, limer, fraiser, polir et finir jusqu’à obtenir finalement une monture unique.
Dans un secteur où de plus en plus de processus sont numériques et automatisés, il est frappant de constater qu’une attention renouvelée est simultanément portée au savoir-faire qui se cache derrière une paire de lunettes.
Cela permet également de mieux percevoir la quantité de connaissances, de temps et de savoir-faire qui peuvent se cacher derrière une monture en apparence simple.
Mais quelques mètres plus loin, cette même monture pouvait soudainement sortir d’une imprimante.
Les montures imprimées en 3D ne sont pas nouvelles en soi. Ce qui change, c’est l’accessibilité croissante de la technologie et le nombre de nouvelles applications qui apparaissent.
Chez 3D notamment, ainsi que dans d’autres concepts liés à la production locale, nous avons vu comment la conception et la production se rapprochent de plus en plus. Les fichiers numériques, la personnalisation et la production en petites quantités permettent une manière de travailler totalement différente de la chaîne de production classique.
Cela fait réfléchir.
Chaque monture doit-elle encore être produite, emballée, transportée à l’avance, puis conservée en stock pendant des mois ? Ou une partie de l’offre sera-t-elle finalement stockée sous forme numérique et produite uniquement lorsque le client la choisit ?
Cette technologie offre également des possibilités intéressantes pour une paire de lunettes temporaire ou de réserve. Pendant qu’une paire de lunettes définitive est réparée ou fabriquée, une monture temporaire simple peut être produite rapidement. Il existe même des applications dans lesquelles un autre matériau est volontairement choisi, qui ne doit durer que pendant une période limitée et peut ensuite se dégrader.
De la personnalisation à la gestion des stocks, en passant par les réparations, les lunettes de réserve et la durabilité : l’impression 3D semble se rapprocher de plus en plus de la pratique quotidienne.
Et c’est ainsi qu’à SILMO, deux mondes apparemment opposés se sont retrouvés étonnamment proches : la monture fabriquée à la main et la monture imprimée numériquement.
Deux techniques totalement différentes, mais qui reposent en réalité sur le même principe : une paire de lunettes ne doit pas nécessairement être un produit de masse anonyme.
L’évolution technologique ne s’arrête évidemment pas à l’imprimante.
L’IA, les lunettes connectées, la réalité virtuelle, l’eyetracking et les méthodes de mesure numériques ont reçu beaucoup d’attention à SILMO. La technologie ne semble plus se développer à côté de l’optique traditionnelle, mais devient de plus en plus partie intégrante de celle-ci.
Nous l’avons également constaté lors des SILMO d’Or, où des innovations autour de la réalité virtuelle et des mesures binoculaires, de nouvelles technologies de réfraction, de l’autofocus pour la presbytie et des lunettes connectées basées sur l’IA ont été récompensées.
La question est donc de moins en moins de savoir si la technologie trouvera son chemin vers le magasin d’optique. La question la plus intéressante est de savoir quelle technologie apportera réellement une valeur ajoutée à l’opticien et au client.
Car davantage de technologie ne signifie pas nécessairement moins de savoir-faire.
Au contraire. Plus un produit devient avancé et personnalisé, plus des mesures correctes, l’interprétation, le conseil, l’adaptation et le suivi deviennent importants.
Au milieu de tout le spectacle des montures, des machines et des lunettes connectées, on en oublierait presque que le secteur des lentilles de contact évolue lui aussi à toute vitesse.
La contactologie a bénéficié cette année à SILMO d’une attention particulière sur le plan du contenu, avec des ateliers pratiques consacrés notamment aux lentilles de contact toriques, à l’orthokératologie, à la sécheresse oculaire, à la manipulation, à l’examen à la lampe à fente et à l’œil rouge chez les porteurs de lentilles de contact.
Peut-être moins spectaculaire à observer à distance qu’une machine futuriste ou une monture remarquable, mais au moins aussi pertinent pour l’opticien.
Dans la contactologie également, nous observons en effet le même mouvement vers la spécialisation et la personnalisation.
Les lentilles de contact vont aujourd’hui bien au-delà de la simple correction d’un défaut de réfraction. Pensons à la presbytie, à la gestion de la myopie, aux cornées irrégulières et à d’autres besoins visuels spécifiques.
Et ici aussi, la même conclusion s’impose : plus la solution est spécifique, plus l’expertise du professionnel qui l’adapte et en assure le suivi est importante.
La durabilité est également restée très présente.
Mais le discours semble progressivement évoluer. Il ne s’agit plus uniquement d’une monture portant la mention « recyclé » ou « bio-based ».
Le regard se porte plus largement sur les matériaux, les processus de production, le transport, l’emballage, la réparabilité, la gestion des stocks et ce qui arrive finalement à un produit lorsqu’il n’est plus utilisé.
Ici aussi, artisanat et technologie se rejoignent à nouveau.
Une monture de qualité qui peut être réparée et durer longtemps constitue une approche. La production à la demande grâce aux nouvelles technologies peut en être une autre. Les nouveaux matériaux offrent à leur tour des possibilités en matière de recyclage ou de biodégradabilité.
La durabilité évolue ainsi progressivement d’un argument marketing vers un élément structurel du développement des produits.
Et bien entendu, Belgoptic a porté une attention particulière à la présence belge.
Une initiative remarquable était la Belgian Eyewear Collective.
Sous cette appellation commune, binôche, Komorebi et Wolfin Eyewear se sont présentés ensemble au public international.
Il ne s’agit pas d’une fusion ni d’une nouvelle marque de lunettes unique. Les trois marques conservent chacune leur propre identité, leurs collections et leur langage design, mais unissent leurs forces afin de gagner en visibilité à l’international.
Pour un pays relativement petit qui compte un certain nombre de talents créatifs dans le domaine de l’eyewear, il s’agit d’une initiative intéressante : créer ensemble davantage de visibilité sans perdre l’identité propre de chaque marque.
MATTTEW : 15 ans d’audace belge
Une autre occasion belge de célébrer était également présente à Paris.
MATTTEW a fêté son quinzième anniversaire pendant SILMO.
Construire pendant quinze ans une identité propre et reconnaissable au sein du monde international de l’eyewear n’est pas une petite réussite. SILMO constituait donc le décor idéal pour marquer cette étape importante avec les clients et partenaires.
La couleur, la créativité et un langage design clairement identifiable font partie de l’ADN de la marque depuis quinze ans – et correspondent en réalité parfaitement à ce que nous avons également observé ailleurs sur le salon : la recherche de distinction et de personnalité.
Et encore beaucoup plus de Belgique à Paris
Mais lorsqu’on parle de l’eyewear belge à SILMO, il serait évidemment impossible de s’en tenir à ces quatre noms.
theo était également à nouveau très présent et présentait de nouvelles créations et collaborations.
Chez HOET, plusieurs thèmes de cette édition de SILMO se sont magnifiquement rencontrés. Avec de nouveaux designs en titane imprimé en 3D, la maison de design belge a montré comment technologie, architecture et savoir-faire peuvent se renforcer mutuellement.
Par ailleurs, plusieurs autres designers, marques, entreprises et professionnels belges étaient présents un peu partout sur le salon.
Leur présence confirme quelque chose dont nous pouvons être fiers en tant que petit marché :
L’eyewear belge reste remarquablement bien représenté à l’international.
Et c’est peut-être précisément cette diversité qui la caractérise. Du coloré et ludique au minimaliste ou architectural, de l’acétate fabriqué de manière traditionnelle au titane imprimé en 3D de haute technologie.
L’eyewear belge se laisse difficilement enfermer dans un seul style. Et c’est peut-être justement sa force.
SILMO 2026 n’a pas apporté une révolution unique et dominante. C’est peut-être justement la convergence de différentes évolutions qui était la plus intéressante.
La couleur reste présente, mais devient plus raffinée. Les années 90 sont de retour, mais dans une version contemporaine. L’artisanat retrouve une place importante, tandis que l’impression 3D et la production locale ouvrent simultanément de nouvelles portes. L’IA et les lunettes connectées se rapprochent de plus en plus de la pratique quotidienne de l’optique. La contactologie poursuit sa spécialisation. Et la durabilité devient plus concrète.
Fait remarquable, ces évolutions ne doivent pas nécessairement se contredire.
Une monture fabriquée à la main peut exister à côté d’une monture imprimée en 3D. Le savoir-faire artisanal à côté de l’intelligence artificielle. Une monture au design affirmé à côté d’une technologie presque invisible.
Et c’est peut-être le constat le plus important que Belgoptic ramène de Paris :
le secteur de l’optique évolue rapidement, mais le savoir-faire, la créativité et le conseil personnalisé continuent de faire la différence.
Après quatre jours à Paris, 80 000 m² consacrés à l’optique et sans aucun doute de nombreux kilomètres parcourus, nous pouvons donc tirer une seule conclusion :
SILMO reste un lieu où notre secteur ne montre pas seulement ce qu’il est capable de faire aujourd’hui, mais donne surtout un aperçu de ce qui pourrait être possible demain.